Depuis
l’évolution du cadre réglementaire français et l’ouverture à la
concurrence du secteur des télécommunications les collectivités
locales sont appelées à jouer un nouveau rôle. Elles doivent répondre
à la demande des entreprises et des particuliers ainsi qu’aux besoins
des opérateurs en matière de déploiement des réseaux de télécommunication.
« Aujourd’hui
la moitié des réseaux indépendants déclarés sont le fait de
collectivités locales », a rappelé en tout début de débat
l’un des intervenants à la table ronde. Si les textes ont dans un
premier temps été tournés vers la protection
des opérateurs alternatifs on constate actuellement un
renversement de tendance en
faveur des collectivités locales jugées plus aptes à supporter les
lourds investissements nécessaires au déploiement des réseaux. Reste
que pour ces dernières, qui ont souvent mis en place des fourreaux, se
pose alors la question de la gestion de ces infrastructures en attente
de réseaux, celle de leur exploitation technique et de leur
exploitation commerciale.
Cette
question est aujourd’hui régie par l’article L 1511-6 du code général
des collectivités territoriales… qui a fait l’objet de divergences
d’interprétation de la part des acteurs concernés. Cet article est
abrogé par le projet d’article L 1425-1 qui reconnaît aux
collectivités locales le droit d’exercer d’une part des fonctions
d’opérateur selon des modalités et un champ restant à déterminer,
et d’autre part de modifier le régime des aides pouvant être accordées
à des opérateurs de haut débit
ou de téléphonie mobile de nature à permettre une meilleure
couverture du territoire national. Mais les contours de cet article -
qui a déjà fait un aller retour entre l’Assemblée Nationale et le Sénat
- sont au cœur du débat. Ainsi, par exemple, la consultation publique
prévue par le texte est jugée par les acteurs sur le terrain trop
lourde et trop complexe et pouvant être un frein aux projets des
collectivités territoriales.
Deux à trois fois moins cher !
« Le
L1511-6 ne nous permet pas de boucler économiquement les projets »,
affirment les responsables des projets territoriaux qui cherchent à
transformer l’effort financier qu’elles consentent en atout pour
leur région, « Nous attendons avec impatience un article L
1425-11 fort avec un cadre clair et sans décret d’application ».
Pour les professionnels présents à cette table ronde la dynamique des
collectivités locales en matière de développement des réseaux de
communication est réelle et palpable. Mais ce volontarisme ne donnera
sa pleine efficacité selon certains « que si l’on arrive à
libérer le haut débit en France, c’est à dire en mettant en œuvre
un réseau alternatif à l’opérateur historique
de bout en bout ». Ainsi il serait possible pour les
utilisateurs de réaliser, estiment les intervenants, une économie de
l’ordre de 50% voire 70% par rapport aux tarifs proposés par France Télécom.
« Une
des difficultés à la mise en oeuvre des projets est d’investir
au bon endroit et au bon moment, car la demande se stimule mais ne se décrète
pas » a rappelé un intervenant à la table ronde. Par
ailleurs, les différents acteurs sont conscients des carences pouvant
exister au niveau des collectivités territoriales en matière de
formation aux nouvelles technologies, par exemple. Le métier d’opérateur
ne s’improvise pas, et pour l’heure la solution
de délégation de service public (DSP) à des opérateurs privés
semble satisfaire les parties.
La mise en
place d’une législation qui tarde à trouver la bonne mesure (5 ans
de débats), un débat « franco-français stérile »,
une absence de cadre méthodologique, « une absence de volonté
politique » (notamment pour permettre l’utilisation des réseaux
électriques d’EDF), font craindre un retard national en matière de développement
des réseaux de communication. « Il faut absolument éviter que
cela conduise à la fuite des entreprises vers des villes d’Europe
mieux équipées en haut débit »,
a prévenu un participant.
Ils ont dit :
«Les collectivités ne peuvent pas s’improviser opérateur télécoms
du jour au lendemain »
« Il ne faut pas assécher
le marché en créant des
infrastructures sans créer de valeur ajoutée par rapport à celles de
l’opérateur historique »
«Nous sommes en manque de
cadre méthodologique fort»
«Seules les collectivités locales ont la capacité
d’investissement nécessaire à la mise en place d’infrastructures télécoms »
« L’article L1511-6 ne suffit pas, il faut aller plus
loin ! »
«Il faut autoriser EDF à louer ses réseaux, cela permettrait
d’apporter l’information partout et à moindre coût»
«L’infogérance est une solution pour les collectivités
locales qui sont conscientes que leur métier n’est pas d’être un
opérateur télécom »
«Nous sommes favorables à l’émergence d’opérateurs privés
locaux»
Philippe
Janiaux
Journaliste indépendant